Dahir n° 1-01-298 du 23 ramadan 1422 portant création de l'institution " Diwan AI Madhalim " (B.O du 3 janvier 2002.
Exposé des motifs
:
Considérant que la protection des droits et le redressement des
iniquités figurent parmi les devoirs les plus sacrés du Roi, Amir Al Mouminine, et que, conscients de cette éminente charge et de
ces nobles desseins, Nos glorieux ancêtres ont toujours disposé d'institutions
placées auprès de leur personne et chargées de les tenir informés des injustices
dont souffraient leurs Sujets afin d'y remédier et de réformer d'éventuels actes
iniques imputables à certains responsables de l'administration ;
Considérant que, dans
le souci de conforter la progression continue de Notre Royaume vers plus de
justice et d'équité, Notre Auguste Père, Sa Majesté le Roi Hassan Il - Que Dieu
ait Son âme - s'est attaché à mettre en place des juridictions administratives chargées de redresser les torts
et les préjudices occasionnés à Nos Sujets par les administrations en raison de leurs
dysfonctionnements ou de leur mauvaise application de la loi, et à créer, auprès
de Sa Majesté Chérifienne, un Conseil consultatif des Droits de l'Homme, chargé
d'assister le Roi, Amir AI Mouminine, Protecteur des
droits et des libertés individuelles et collectives, à en garantir le respect
;
Considérant Notre volonté de conforter les acquis engrangés par Notre
pays dans ce domaine, en veillant à ce que la sauvegarde des intérêts du
citoyen, la protection de ses droits et la nécessité d'être à son écoute, soient
le fondement même de Notre nouveau concept de l'autorité ;
Qu'aux mêmes
fins, Nous avons tenu à renforcer l'autonomie du Conseil consultatif des Droits
de l'Homme et à élargir ses compétences, de sorte que Notre Majesté puisse se
tenir informée de la situation des droits de l'Homme dans leur acception la plus
large et décider des mesures à prendre pour en assurer le respect
;
Considérant les attentes de Nos fidèles Sujets qui aspirent à plus
d'équité face à des procédures administratives de plus en plus complexes en
raison de la multiplicité et de la technicité des questions traitées par nos
administrations et de la difficulté d'adapter le fonctionnement des services
publics à des situations particulières ;
Soucieux de disposer d'une
institution ayant compétence pour rechercher, dans les limites qu'impose le
respect des compétences des autorités publiques, les moyens de réparer les
injustices imputables à des situations incompatibles avec les impératifs
d'équité et préjudiciables aux usagers des services publics et afin de compléter
les missions remplies par l'appareil judiciaire dont les procédures sont
nécessairement complexes et les lois générales, et en vue de renforcer le rôle
assumé par le Conseil consultatif des Droits de l'Homme dans le cadre des
compétences qui lui sont dévolues ;
Convaincu que la création de cette
institution auprès de Notre Majesté Chérifienne et sous Notre Haute protection,
est de nature à lui conférer l'autonomie nécessaire, par rapport aux organes
exécutif, législatif et judiciaire, et à lui permettre de statuer en toute
impartialité sur les requêtes dont elle est saisie ;
Considérant que
l'accomplissement par l'institution à créer, de ses missions d'écoute et de
proximité dans l'intérêt de tous Nos fidèles Sujets requiert qu'elle se mette en
relation directe avec les services de Notre Premier ministre et des membres de
Notre gouvernement, par le truchement de délégués nommés auprès d'eux et, le cas
échéant, de délégués, dans les chefs-lieux des régions ou, encore de délégués
particuliers ayant pour mission de se pencher sur les difficultés spécifiques
que peuvent rencontrer certaines catégories de Nos fidèles Sujets dans leurs
relations avec les administrations ;
Convaincu que les responsables de
cette institution exerceront au mieux leurs prérogatives afin de concilier, en
vertu du mandat qui leur est confié, entre, d'une part, la mission de
redressement des torts en présentant aux administrations concernées des
propositions et des recommandations visant à faire prévaloir les droits, et
d'autre part, la contribution à l'optimisation du fonctionnement de l'appareil
administratif, dans l'intérêt du citoyen, et dans le respect de la primauté de
la loi et de l'équité en soumettant à Notre Majesté Chérifienne un rapport
annuel exhaustif, et en présentant au Premier ministre et au Conseil consultatif
des Droits de l'Homme, des rapports assortis de suggestions de nature à aider à
la réalisation de cet ultime objectif ;
Pour ces motifs :
Vu
l'article 19 de la Constitution ;
Article Premier : Il est créé
auprès de Notre Majesté Chérifienne, une institution dénommée " Diwan AI Madhalim ", chargée de
promouvoir l'intermédiation entre d'une part, les citoyens ou groupes de
citoyens et d'autre part, les administrations ou tout organisme disposant de
prérogatives de puissance publique, et d'inciter ceux-ci à observer les règles
de la primauté du droit et de l'équité.
Article 2 : Notre Majesté
Chérifienne nomme par dahir, pour une période de six ans, renouvelable, le "
Wali Al Madhalim " qui exerce les prérogatives
dévolues à " Diwan AI Madhalim ", avec le concours de délégués du " Diwan Al Madhalim " qu'il désigne
conformément à l'article 4 ci-après.
Notre Majesté Chérifienne désigne,
en tant que de besoin, au sein du " Diwan AI Madhalim ", des délégués chargés de l'intermédiation dans
des questions ayant trait aux difficultés particulières que peuvent rencontrer
certaines catégories de Nos sujets dans leurs relations avec
l'administration.
Article 3 : Conformément aux dispositions de
l'article 4, alinéa " d ", de Notre dahir n° 1-00-350 , portant réorganisation du
Conseil consultatif des Droits de l'Homme, et publié en date du 15 moharrem
1422, correspondant au 10 avril 2001, le " Wali AI Madhalim " est, es-qualité, membre avec voix délibérative,
du Conseil consultatif des Droits de l'Homme.
Article 4 : Le "
Wali AI Madhalim " procède, avec l'autorisation de
Notre Majesté Chérifienne, à la désignation ou à la révocation de ses délégués
auprès du département du Premier ministre et des autres départements
ministériels. Il peut également désigner des délégués régionaux dans les
chefs-lieux des régions.
Il s'assure que ces délégués accomplissent leur
mission en toute indépendance et impartialité.
Article 5 : Notre
Majesté ordonne au " Wali Al Madhalim "de Procéder à
toute enquête sur des faits entrant dans ses compétences et de faire rapport à
Notre Majesté des conclusions de ses investigations.
Le " Wali Al Madhalim " est chargé d'examiner les plaintes et doléances
de Nos fidèles Sujets qui se considèrent victimes de décisions ou d'activités
jugées contraires aux règles de la primauté du droit et de l'équité, et qui
seraient imputables aux administrations de l'Etat, aux collectivités locales,
aux établissements publics ou à tout organisme disposant des prérogatives de
puissance publique.
En outre, le " Wali Al Madhalim " peut être également saisi par le président du
Conseil consultatif des Droits de l'Homme, destinataire de plaintes relevant des
compétences du " Diwan AI Madhalim ", et remplissant les conditions prévues aux
articles 6 et 7 ci-après.
Article 6 : Ne peuvent être examinées ou
instruites par le " Wali Al Madhalim " ou ses délégués
:
- les plaintes concernant des questions pour lesquelles la justice est
saisie ;
- les doléances visant la révision d'une décision de justice
irrévocable :
- les requêtes relatives à des questions relevant de la
compétence du Parlement ;
- les questions relevant de la compétence du
Conseil consultatif des Droits de l'Homme, auquel le " Wali AI Madhalim " transmet, sans délais, les plaintes et les
doléances relatives aux violations des droits de l'Homme ;
- les affaires
pour lesquelles le requérant n'a engagé aucune démarche officielle ou recours
gracieux ou n'a pas épuisé les recours que les lois et règlements en vigueur
prévoient pour faire cesser l'iniquité ou le préjudice allégués ou rétablir le
droit violé.
Toutefois, dans les cas visés ci-dessus, le " Wali Al Madhalim " ou ses délégués peuvent rechercher avec les
parties concernées, à leur demande, les solutions de nature à régler rapidement
et équitablement le différend.
Par ailleurs, dans le cas où le " Wali AI
Madhalim " constaterait que la persistance de
l'organisme concerné dans son refus d'exécuter une décision de justice
exécutoire, est due aux agissements ou à la passivité d'un fonctionnaire ou d'un
agent de l'organisme à l'encontre duquel le jugement a été prononcé, le " Wali
AI Madhalim " établit un rapport, à ce sujet, dont il
saisit le Premier ministre.
Article 7 : Les plaintes et les
doléances sont adressées au " Wali Al Madhalim " ou à
ses délégués ministériels ou régionaux, directement par le requérant ou par
l'intermédiaire du représentant dûment mandaté de la personne
concernée.
Pour être recevables, les plaintes et les doléances doivent
être écrites, motivées et signées par le requérant en personne. Elles doivent
préciser les démarches effectuées par le requérant pour faire valoir ses droits
auprès de l'autorité qu'il met en cause.
Lorsqu'il est dans
l'impossibilité de présenter sa plainte par écrit, il appartient au requérant de
la formuler oralement, assortie des preuves et des pièces justificatives. La
plainte doit être dûment consignée par le délégué.
Article 8 : Le
recours au " Diwan Al Madhalim " n'a pas pour effet d'interrompre ou de suspendre
les délais de prescription et de recours prévus par la loi.
Article 9
: Le " Wali Al Madhalim ", entreprend les
investigations nécessaires afin d'établir la réalité des faits portés à sa
connaissance, l'étendue des préjudices et l'appréciation qu'il convient de leur
donner. Il provoque les explications des autorités concernées sur les faits,
objet de la requête.
Les chefs des administrations et autres organismes,
visés à l'article 5 précité, saisis par le " Wali Al Madhalim " ou ses délégués doivent lui prêter leur concours
afin de lui permettre une parfaite connaissance du différend Ils ordonnent aux
fonctionnaires et agents ainsi qu'aux organes de contrôle placés sous leur
autorité, de faciliter les investigations du " Wali Al Madhalim " ou de ses délégués qui peuvent se faire
communiquer les documents relatifs à la plainte, objet de l'enquête, à
l'exception de ceux couverts par le secret d'Etat.
Article 10 :
-Le " Wali Al Madhalim" entreprend toute démarche de
médiation - notamment de conciliation - qu'il considère de nature à remédier à
l'injustice qu'il a constatée en se fondant sur les principes de la primauté du
droit et de L'équité.
Il adresse des recommandations, des suggestions et
des observations aux administrations et établissements visés à l'article 5
précité.
Article 11 : Il incombe à l'administration ou
l'établissement concerné par les recommandations, suggestions ou observations du
" Wali Al Madhalim " ou de ses délégués, de prendre,
dans les délais fixés par ces derniers, les initiatives et les mesures
nécessaires pour le règlement des affaires dont ils les ont saisis et de les
informer, par écrit, des résultats obtenus.
Le " Wali Al Madhalim " et ses délégués sont tenus de communiquer par
écrit, au requérant la suite réservée à sa plainte.
Article 12 :
Le " Wali Al Madhalim " présente au Premier ministre
des suggestions de portée générale sur les mesures de nature à faire justice aux
doléances qui lui sont soumises. Il lui présente des propositions concernant les
mesures propres à améliorer l'efficacité des administrations faisant l'objet de
plaintes, à corriger les défaillances à l'origine des dysfonctionnements des
services qui en dépendent, et à amender les textes juridiques qui les régissent.
Il informe, en outre, le Premier ministre, le cas échéant, sur le refus des
administrations concernées de donner suite à ses
recommandations.
Article 13 : Le " Wali AI Madhalim " fait rapport au Conseil consultatif des Droits de
l'Homme, sur les questions concernant la promotion des droits de l'Homme, dans
ses domaines de compétence.
Article 14 : Le " Wali Al Madhalim " soumet à Notre Majesté Chérifienne, un rapport
annuel sur le bilan de ses activités. Le rapport est publié, en totalité ou en
partie, sur ordre de Notre Majesté, au " Bulletin officiel ".
Article
15 : Un règlement intérieur, soumis par le " Wali AI Madhalim " à l'approbation de Notre Majesté chérifienne,
fixe notamment :
- l'organigramme de " Diwan AI
Madhalim " et son organisation financière et comptable
;
- les attributions et pouvoirs conférés aux délégués ministériels et
régionaux du " Wali Al Madhalim " ;
- la
procédure et les conditions de présentation et d'instruction des plaintes et des
doléances.
Article 16 : Les crédits de fonctionnement et
d'équipement alloués au " Diwan AI Madhalim " sont inscrits au budget de la Cour
Royal.
Le " Wali Al Madhalim " est
l'ordonnateur des crédits qui lui sont alloués. Il peut instituer
sous-ordonnateur, un des fonctionnaires du " Diwan AI
Madhalim ".
Il peut recruter le personnel
nécessaire pour exercer les attributions du " Diwan Al
Madhalim " ; des fonctionnaires et agents de
l'administration et des établissements publics peuvent être détachés auprès du "
Diwan Al Madhalim
".
Article 17 : Le présent dahir, qui abroge le dahir n°
1-56-279 du 6 rabii Il 1376 (10 novembre 1956) et le dahir n° 1-56-325 du
15 ramadan 1376 (16 avril 1957), portant création et organisation d'un bureau de
recherches et d'orientation auprès de Sa Majesté le Sultan, sera publié au
Bulletin officiel.
______________
Le
texte en langue arabe a été publié dans l'édition générale du " Bulletin
officiel " n° 4963 du 8 chaoual 1422 (24 décembre
2001).